Contribution de Morris & Renaud architectes

Le BIM pour Bien Imaginer Maintenant.

… retrouver le plaisir de concevoir

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 Beaucoup d’architectes revendiquent toujours leur spécificité d’artistes, souvent solitaires, car ils ambitionnent de créer une oeuvre. Ils sont toujours amers, lorsque la profusion de normes ou la multitude d’équipements techniques qu’on leur impose, viennent « polluer » leur rêve idéalisé. Mais en quelques années, la complexité est devenue telle, que le travail de conception ne peut plus être le fruit d‘une seule personne, il doit être enrichi des apports de nombreuses compétences (thermique, acoustique, fluides, structure, économie, environnement, façades etc). Ce qui pose d’inévitables problèmes de coordination. Des dysfonctionnements sont constatés quotidiennement, car la collaboration entre tous les partenaires ne se fait pas de façon optimale. En effet, dans notre pays, les différents acteurs travaillent chacun de leur côté dans des structures indépendantes, sans réelle complémentarité. C’est regrettable.

Il existe cependant un moyen qui pourrait être efficace, s’il était utilisé à plus grande échelle pour rapprocher concepteurs et maîtres d’ouvrages : le BIM.

Les maquettes numériques en 3D existent depuis une vingtaine d’années, mais rares sont ceux qui les utilisent au-delà de l’esquisse. Le développement continu de la capacité des logiciels et des ordinateurs permet d’envisager maintenant de modéliser les projets, pour être utiles à tous les stades de conception et même après celle-ci, pour la construction et la maintenance.

Notre agence (6 personnes en moyenne) utilise la maquette numérique depuis plus de 20 ans, mais aujourd’hui la puissance des outils de modélisation 3D (logiciels et ordinateurs) est telle que nous pouvons développer nos projets en 3D jusqu’à la conception détaillée. La facilité de manipulation, de modification, de comparaison et de déplacement dans l’espace, nous offre un outil incomparable qui, en permettant de visualiser toute partie du projet, accentue le plaisir de concevoir.

Parallèlement, le développement récent de la vitesse de transferts de données a permis de ne plus se donner de limites aux échanges en temps réel. Et enfin, grâce au standard IFC, une maquette « intelligente » peut (pas toujours facilement) être lue et comprise par tous les logiciels compatibles. L’interopérabilité tant attendue est devenue possible.

C’est pourquoi nous avons pris la décision de développer nos futurs projets en BIM avec nos partenaires bureaux d’études et économistes.

Il est temps de se servir des matériels qui sont à notre disposition pour créer de façon plus détendue des projets complexes, mieux conçus et qui participent au développement durable.

 Le BIM pour qui ?

Nous pensons que contrairement à une idée reçue, les acteurs de la mise en place généralisée du BIM peuvent être les agences de taille petite et moyenne, ayant la culture des logiciels d’architecture 3D. En effet, elles n’ont souvent pas à réinvestir dans de nouveaux logiciels qui inévitablement viendront perturber les procédures  de conception acquises.

Comme beaucoup d’entre nous, nous déplorons que la maquette 3D que nous avons réalisée, ne soit pas partagée et que chaque intervenant modélise à nouveau le projet pour l’adapter à la logique de ses propres logiciels. C’est une perte de temps et d’énergie qui multiplie les risques d’erreurs et de simplification du modèle. Aucune vérification par nature n’étant possible, personne ne sait si les calculs techniques réalisés correspondent au projet réel. Une seule maquette numérique est devenue indispensable, car l’économie durable ne peut plus se satisfaire de tolérances démesurées. Cette maquette doit être initiée et contrôlée par l’architecte et développée par tous les autres acteurs.

 La modélisation 3 D devenue facile

Le frein que nous avons constaté dans la mise en place du BIM n’est pas simplement culturel, il est aussi technique. La modélisation faite par les architectes était considérée comme trop lourde pour être échangée et présentait trop d’informations géométriques non nécessaires. Cela est de moins en moins vrai. Il est presque inutile de trop simplifier aujourd’hui, les détails qui « pèsent lourd », car les matériels peuvent calculer des quantités très importantes de données dans des temps très courts. Et l’élan d’amélioration de leurs performances est continu.

Ainsi, il est aujourd’hui possible, dans le cas d’un bâtiment ancien, de restituer un garde-corps en fer forgé ou des modénatures de façades d’après relevé numérique effectué par le géomètre et de les insérer dans la maquette sans nécessairement surcharger le modèle « visuel ». Cela peut, par exemple, permettre de vérifier la conformité aux normes (hauteur, dimensions des vides…). Bien entendu, une représentation simplifiée pourra être activée en fonction des besoins.

Il faut comprendre que la grande précision de la maquette est un gage de qualité du projet, car elle contient en son sein de nombreuses informations à la fois géométriques et techniques que tous les acteurs de la conception, les entrepreneurs de construction, les gestionnaires de patrimoine pourront récupérer et utiliser. La maquette se partage.

Le BIM à quel prix ?

Mais la précision est dévoreuse de temps et se pose alors, la question du financement de la vraie maquette BIM.

Si les maîtres d’ouvrages chargés de la seule construction jusqu’à la livraison ne voient pas la plus-value apportée, il sera difficile de justifier un coût supplémentaire pour les études. Et pourtant, on imagine aisément qu’une conception plus fiable et mieux partagée pourrait faire baisser les prix de construction par élimination ou diminution des erreurs entraînant des démolitions ou des modifications en cours de chantier.

Tant que l’on ne pourra se passer de plans imprimés sur papier, la maquette numérique sera une prestation supplémentaire qui devra être valorisée. En effet, la représentation 2 D obéit à des codes permettant de compléter sous forme graphique ou écrite la simple représentation géométrique du projet. Cette fonction est pour l’instant difficilement automatisable car l’aspect « esthétique » des plans est encore une qualité que les architectes veulent maîtriser. Il est cependant probable qu’avec le développement de la maquette numérique intelligente, les logiciels seront en mesure d’éditer des plans et coupes directement à partir du 3D sans retouche « manuelle »

A partir de cet instant, la maquette BIM pourrait ne pas être un surcoût, car contenant toutes les informations nécessaires à tous les intervenants. Les projets seraient totalement numériques.

Un nouveau partenaire pour le BIM : le gestionnaire de patrimoine

Il semble toutefois qu’un des principaux bénéficiaires de la maquette numérique soit le gestionnaire du patrimoine qui pourra ainsi avoir en complément ou en remplacement des DOE habituels, un état précis de celui-ci. La maintenance de cette maquette tout au long de la vie du bâtiment pourra être un élément de valorisation des biens immobiliers. Les gains seront potentiellement considérables.

Par ailleurs, la maquette numérique collaborative va aider à la prise en compte des objectifs de maintenance en aidant les services concernés à comprendre le bâtiment dès la conception et intervenir pour proposer très en amont certaines améliorations qui sans elles induiraient des surcoûts pendant la vie du bâtiment. De nombreuses dépenses de gestion se décident au stade de la conception.

Objectif : simplification administrative

Nous pensons que des gains de productivité pourraient également être apportés par la maquette numérique au-delà des acteurs traditionnels de la conception et de la réalisation.

Nous imaginons le jour où les permis de construire consisteront en la fourniture de la maquette 3D qui pourra être intégrée dans une maquette générale du site.

Il n’y aurait donc plus de plans et façades pour le PC. La vérification de la conformité aux règles d’urbanisme en serait facilitée pour les services instructeurs.

L’administration pourrait ainsi délivrer les autorisations dans des délais plus courts, ce qui induirait là aussi des économies pour la collectivité.

C’est toute la filière qui va être bouleversée.

Comment concevoir BIM ?

La maquette 3D est utile dès l’esquisse, mais à ce stade, c’est avant tout un outil de séduction. Si elle doit être partagée avec des non professionnels de la conception, elle doit être suffisamment détaillée, dans sa forme et sa texture. Une visite virtuelle devient maintenant parfaitement réalisable. Les outils d’esquisse de type sketchup peuvent remplir ce rôle, mais sont limités à ce seul stade d’étude.

Nous sommes obligés d’adapter notre manière de concevoir en développant un travail en amont important et une anticipation des phases traditionnelles de conception (ESQ, APS, APD, PRO etc). Par exemple, le chaînage avec les logiciels de simulation thermique permet à l’architecte de valider très tôt dans le processus de conception, le parti architectural. Il peut ainsi optimiser les formes, les orientations, la compacité du bâti, les ouvertures etc. et mesurer en temps réel différentes solutions.

Cela évite, en dernier recours, de « bricoler le projet » avec de la technique pour réussir à être conforme aux diverses réglementions (RT 2012, etc). Le gain est évident pour le projet car les architectes peuvent ainsi mesurer très rapidement les incidences de leur conception.

Il y a enfin, l’espoir d’optimiser le coût global des constructions en imaginant des bâtiments techniquement plus simples et par conséquent plus fiables et faciles à entretenir dans leur durée.

Le BIM en constante évolution

La difficulté principale est de se positionner dans un environnement dans lequel les méthodes de travail évoluent sans cesse au rythme des mises à jour des logiciels et des capacités de calcul des matériels. Il est nécessaire de se remettre en cause de façon permanente et d’adapter régulièrement ses outils sans oublier les formations d’autant plus importantes que les partenaires doivent évoluer au même rythme.

La filière de la construction sera gagnante avec plus de rigueur.

Nous pensons qu’une plus grande qualité des études, générée par l’utilisation massive du BIM se répercutera en économie globale à la fois dans la construction (en limitant les malfaçons reprises diverses en cours de chantier) et pendant la longue vie du bâtiment. C’est une voie pour s’approcher d’un développement durable.

 

Charles Morris
Architecte
Morris & Renaud architectes
23 rue de Silly
92100 BOULOGNE BILLANCOURT
agence@morris-renaud.com
Tél 01 42 88 60 99 Fax 01 42 88 62 28

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