Témoignage de la Mission Patrimoine de la Mairie de Paris sur la pratique de la maquette numérique

> Télécharger le témoignage de la Mission Patrimoine de la Mairie de Paris au format pdf

I. Contexte

Nous nous sommes intéressés aux IFC depuis 2005, à l’occasion de la conception de l’inventaire permanent du parc immobilier. Tout maître d’ouvrage de parc important (c’est le cas de la Mairie de Paris avec environ 5 millions de m² SHON intramuros) est normalement soucieux de connaître les bâtiments qu’il gère et entretient, les surfaces qu’il utilise et de permettre notamment la localisation des installations techniques… En effet, il est difficilement concevable d’asseoir une « politique immobilière » sans préalablement avoir inventorié et décrit les éléments du parc qui résident dans son champ d’application. La promesse des IFC répondait à cette attente… nous nous y sommes attelés.

II. Notre démarche

A.Une démarche progressive

Notre démarche commença par l’amélioration de l’exploitation des plans existants. Classiquement, nous utilisions (jusqu’en 2009) une charte graphique 2D des plans. Nous la fîmes évoluer vers une charte « objet » compatible avec les classes IFC. Bien que nous utilisons peu d’objets (bâtiment, niveau, dalle, pièce) et peu de propriétés, notre souci s’est focalisé sur le typage des pièces de façon à pouvoir consolider automatiquement n’importe quel type de surface (SHOB, SHON, SUB, SUN dans un premier temps).

B. La solution adoptée pour la gestion des surfaces

Dans le gabarit des « projets », une propriété a été ajoutée à chaque pièce par type de surface. Un extrait de notre typologie est présenté ci-dessous.

Les bâtiments pour lesquels l’ensemble des pièces et niveaux sont identifiés et enregistrés conformément à la charte sont éligibles à la génération d’une maquette numérique. Le fichier IFC ainsi constitué à partir d‘un outil CAO/DAO est exploité dans notre application de gestion patrimoniale. Il est alors aisé de consolider par niveau et bâtiment les quatre types de surface. Nous disposons à ce jour de près de 400 maquettes qui viennent enrichir notre inventaire.

Dans cette pratique, nous voyons deux avantages :

  1. Quatre fois moins de saisie pour caractériser les surfaces. Par ailleurs, la saisie assistée se fait par sélection dans une liste de valeurs.
  2. Pas de risque d’incohérence. Une pièce n’entrant pas dans le calcul de la SHOB ne pourra entrer dans le calcul des trois autres types de surfaces.

III. Mise en œuvre concrète

A. Préparation

1. Les marchés producteurs de plans et d’IFC

a)   Marchés non spécifiques à la gestion de Patrimoine

La charte DAO CAO compatible IFC a été annexée à tous les marchés publics de la Ville depuis 2009 :

  1. Marchés de travaux publics
  2. Marchés de Maîtrise d’œuvre
  3. Marchés de relevés de géomètres

Les plans chartés et les IFC associés issus de ces marchés se font attendre pour deux raisons probables :

  1. La relative nouveauté de l’annexion de la charte à ces marchés : la charte n’était pas annexée au moment de leur établissement.
  2.  Une certaine inertie dans les habitudes de dessin des maîtres d’œuvres.
b)              Marchés pilotés par la mission Patrimoine

Deux marchés produisent des plans et IFC dans le cadre du Projet Patrimoine :

  1. Le marché de relevés de Sites, qui s’achève fin 2013.
  2. Le marché de vectorisation des plans, au sens large, visant à :
    1. Vectoriser des plans scannés ou papier et produire des IFC associés
    2. Mettre à la charte des plans vectorisés et produire des IFC associés

A ce jour, tous les IFC qui nous ont été livrés sont issus des seuls marchés pilotés par la mission Patrimoine.

B. Vérification

Le travail de vérification s’effectue en deux étapes :

  1. Vérification de conformité des plans et des IFC à la charte. C’est la mission Patrimoine qui s’en charge. Une personne est dédiée à ce contrôle. Aucun outil complet de contrôle automatique ou semi-automatique des plans et/ou des IFC afférents n’est connu de nous à ce jour.
  2. Vérification de conformité à l’existant. C’est la mission des dessinateurs des services de la Ville.

IV. Trois difficultés majeures rencontrées

En premier lieu nous sommes confrontés à l’instabilité des identifiants des objets « bâtiment » et « niveau ». En effet, les outils de CAO/DAO, utilisés par nos prestataires ou nous-mêmes, ne garantissent pas la permanence des identifiants (GUID). Régénérer le fichier IFC d’un bâtiment après qu’on en a modifié le cloisonnement dans le projet source, par exemple, provoque des surprises. Un niveau peut y être ajouté inopinément comme il peut disparaître.

En second lieu nous ne pouvons (savons ?) pas exploiter correctement les maquettes numériques géolocalisées en coordonnées absolues. L’absence de point de référence permettant un positionnement relatif des objets d’une même maquette est préjudiciable à l’exploitation du fichier IFC. Ainsi, les maquettes numériques qui ne disposent pas de géo référencement sont exploitables tandis que celles qui en disposent doivent être appauvries.

En troisième lieu, des problèmes techniques spécifiques sont apparus dans l’outil de gestion de patrimoine utilisé pour extraire et exploiter les surfaces des IFC. De ce fait, à ce jour, nous n’exploitons pas couramment cet outil pour diffuser les surfaces aux gestionnaires de la Ville, mais pour des contrôles de cohérence en interne afin de vérifier les livrables.

V. Conclusions et perspectives

Une de nos préoccupations se portant sur l’identification et la caractérisation des « pièces » nous sommes intéressés par les outils qui permettent de mieux contrôler la géométrie des maquettes numériques. Les contrôles suivants sont actuellement visuels :

  1. repérer les propriétés des pièces et des dalles
  2. vérifier que toutes les pièces sont portées par une dalle et ont un polygone

Gageons que les éditeurs sauront bientôt intégrer ces préoccupations.

Enfin, revenons au bénéfice de l’interopérabilité des IFC : la stabilité des GUID doit être garantie pour que la maquette numérique puisse être utilisée (par différents acteurs et à travers différents outils) pendant tout le cycle de vie du bâtiment. Pourquoi ne pas instaurer une certification des outils (CAO/DAO et autres) orientée « Gestion de patrimoine » ?

N’oublions pas que la phase d’exploitation d’un bâtiment constitue la très large part de sa durée de vie.

Publicités

Les commentaires sont fermés.